par Johanne Vaillancourt


















Un perroquet qui mord, ça ne fait pas mal qu’à la main, ça brise le  cœur, on ne comprend pas... Qu’est-ce qui se passe? On a pourtant l’impression de lui donner tout ce dont il a besoin : Nourriture, jouets, temps et affection. Pourquoi se comporte-t-il ainsi? Maintenant on a peur de lui, on ne lui fait plus confiance. Il est si imprévisible, on ne sait pas pourquoi. Alors on en arrive à la conclusion que notre oiseau est agressif et qu’il mord pour rien.

Ici, je vous rassure tout de suite : Un perroquet ne mord jamais pour rien (en autant que cela puisse vous consoler). Dans la nature, les perroquets ne se mordent pas entre eux de façon agressive (attaque) et ils ne crient pas non plus pour rien. Ils ne se battent pas. Ils privilégient les relations pacifiques même inter-espèces. S’il y a conflit entre eux, ces derniers sont généralement résolus par l’adoption de postures intimidantes ayant pour but d’impressionner l’autre (étalement d’ailes, hérissement des plumes, dilatation des pupilles et vocalisations) qui sont assez spectaculaires en soi pour décourager l’intrus.

Par contre, il ne faut pas négliger un fait très important : Mordre (pas attaquer) tout comme crier sont des moyens de communication acceptés dans le monde des oiseaux. Ce sont des comportements innés normaux.

Le comment du pourquoi....
Donc, le perroquet ne mord jamais sans raison. Généralement, il ne se sert de ce moyen que pour sa survie (comportement inné utilisé que si nécessaire) et en captivité pour le contrôle de son environnement (comportement acquis). La meilleure façon de se prémunir contre les morsures est encore de reconnaître ce qui donne à un perroquet l’envie de mordre:

Morsures de protection :
Le perroquet mord  sa compagne, ses petits   oucongénères de son groupe social (humain compris) pour les inciter à fuir devant un danger potentiel. C’est un comportement inné. J’ai d’ailleurs à ce sujet une douloureuse anecdote où j’ai été confrontée avec cet instinct de protection des perroquets. Il y a quelques années, je travaillais au sous-sol avec mon cacatoès Morgane (dite la douce) sur mon épaule comme à notre habitude. À cette époque, Morgane devait avoir environ 4 ans et n’avait encore jamais mordu qui que ce soit de sa vie. Je croyais même qu’elle  était incapable d’un tel comportement. Cuisante erreur!  Soudainement, tout se mit a vibrer autour de nous dans une cacophonie infernale et comme je restais figée sur place, cherchant à rationaliser ce qui se passait, Morgane me prit  la plus belle croquée de ma carrière avec les perroquets, juste sur le lobe de l’oreille (j’en garde aujourd’hui la cicatrice en souvenir) pour m’inciter à déguerpir... Elle semblait vouloir me dire : « tu réfléchiras après! Maintenant on fout le camp! ». Plus tard j’ai réalisé qu’il venait d’y avoir un tremblement de terre et que Morgane ne m’avait mordue que dans le but de me protéger. Morgane la douce n’a plus jamais mordu depuis.

La petite morale de cette histoire : Il est très fortement déconseillé de poser un perroquet sur son épaule si on l’emmène en terrain inconnu, stressant ou insécurisant. Son instinct  de protection pourrait bien soudainement se manifester. Il est important de comprendre qu’il n’est nullement question de dominance ici, mais bien d’instinct naturel de protection! (Survie)

La morsure peut survenir quand l’oiseau est surpris ou effrayé; s’il se sent menacé ou pire, pris en cage ou dans un coin. Un perroquet à qui on aura taillé les plumes de vol aura tendance à se défendre, voire même  à attaquer s’il se sent menacé (instinct de survie). Par contre, s’il a toutes ses plumes, il préférera s’envoler de façon instinctive. (Survie)

Morsure d’excitation :
Un perroquet qui joue seul avec un jouet ou avec son humain peut devenir sur-excité ( les amazones en particulier) et mordre assez violemment et ce...en toute innocence! (Accident)

Morsures territoriales :
Un perroquet qui passe le plus clair de son temps au même endroit (dans et/ou sur sa cage, sur son perchoir et parfois sur son humain) développera un très fort comportement territorial et défendra hardiment sa zone.(Contrôle)

Morsures de jalousie :
Engendré par un comportement territorial, l’oiseau peut devenir très possessif de son humain préféré et développer une grande jalousie à l’encontre de tout ce qui détourne l’attention de son humain de sa petite personne (conjoint, enfant, autres animaux domestiques et même parfois, objets). À ce moment, il peut mordre  son humain chouchou pour le rappeler à l’ordre ou carrément mordre le rival. (Contrôle)

Morsures de vengeance :
Au retour, après une absence (de vacances, du travail, etc.), parce qu’on ne lui a pas donné assez d’attention au moment où il le désirait ou pour n’importe quelle raison où l’oiseau s’est senti rejeté, ignoré ou abandonné, ou tout simplement parce qu’on a pas acquiescé à une demande.    Dans la tête d’un perroquet... toutes ces raisons sont bonnes pour mordre!  (Contrôle)

Morsures d’exaspération :
Elles surviennent souvent pendant l’entraînement : Si on tente d’enseigner quelque chose à l’oiseau trop rapidement en ne suivant pas son rythme (tous les oiseaux n’ont pas la même capacité d’apprentissage), ou encore si l’oiseau est sûr de vous envoyer des messages clairs et qu’il n’arrive pas à se faire comprendre....Couic!
Il y a aussi le cas classique de l’oiseau qui se sert doucement de son bec pour vérifier la solidité du perchoir (main) que l’humain lui offre. Ce dernier croyant que le perroquet veut mordre... retire sa main! Vous voyez le tableau... exaspérant! Double couic! (Contrôle avec explication).

Morsures d’attention :
Un jeune perroquet mord pour attirer l’attention de son humain, comme il mordrait le bec de ses parents pour les mêmes raisons. Le jeune peut aussi mordre rien que pour connaître le seuil de tolérance de son humain.(Contrôle enfantin).

Morsures hormonales saisonnières :
En période de reproduction, les perroquets ont... la mèche courte! (Contrôle).

Manque de sommeil :
Un oiseau qui n’a pas toutes ses heures de sommeil (10 à 12 heures ininterrompues) et qui est fatigué devient intolérant, anxieux et mordeur.

Perroquet mal élevé :
Presque toutes les raisons ci-dessus énumérées découlent d’une mauvaise éducation. Ne pas ou mal éduquer un perroquet est encore la meilleure façon de lui apprendre à mordre. Un perroquet habitué à faire ce qu’il veut et quand il le veut, qui n’a pas de balises, de règles ou de lois, n’a aucune idée de ce qui est acceptable ou non. (Contrôle).

Traiter la cause :

En captivité, mordre ou crier pour attirer l’attention ou exprimer une insatisfaction sont des comportements de contrôle acquis. Si les perroquets ne comprennent pas toujours très bien les mots qui composent notre langage, ils peuvent par contre très bien apprendre de nos comportements et de nos actions. C’est donc à l’humain de prendre garde à ce qu’il passera comme message à son perroquet. Un oiseau qui commence à mordre, s’installera confortablement dans ce comportement parce que l’humain sans le vouloir l’encourage à le faire. Traiter les comportements de mordre et/ou crier comme des symptômes ne fonctionne tout simplement pas. Traiter la cause est beaucoup plus efficace. Et dans bien des cas, la cause est l’humain lui- même. Alors, traitons l’humain...

Il est très facile d’enseigner ou d’encourager un mauvais comportement au perroquet, de façon très innocente et sans s’en rendre compte. Trop souvent, sans le réaliser, l’humain enseigne de mauvais comportements à l’oiseau en lui donnant une attention incorrecte qui souvent est prise pour une récompense. Le perroquet est un produit de son environnement social : Il observe l’humain et apprend de lui. Il ajustera ses comportements selon ce qu’il verra, entendra et comprendra. Si l’humain recule devant un perroquet qui mord  pour la première fois, le comportement qui est enseigné à ce moment est :  « si tu ne veux pas te faire prendre ou te faire toucher, tu n’as qu’à mordre l’humain et ce dernier s’en ira ». Il en va de même si le perroquet mord et que l’humain l’encourage en faisant toute une histoire « Méchant oiseau!...regarde ce que tu as fait!...pourquoi tu me mords!... je ne t’ai rien fait! ...et patati ! et patata!... »Ce genre de dramatique est tout au goût des perroquets qui y trouvent une grande valorisation ainsi qu’un moyen sûr d’obtenir de l’attention en tout temps. Cette forme de réaction confirme le perroquet, par action /réaction, dans ce comportement qui est, somme toutes, inacceptable.
Dans bien des cas, une simple exclamation comme outch! suivie d’un regard désapprobateur ne présente pas de problème et peut aider l’oiseau à comprendre qu’il nous a fait mal et qu’il a mal agi. Plus souvent qu’autrement, ignorer l’offense (comme si ça ne nous avait pas fait mal) et faire suivre d’un HOP! ou EMBARQUE! puis prendre l’oiseau sur sa main est la meilleure avenue pour banaliser le comportement et enseigner à l’oiseau que ce comportement ne sert à rien, qu’il n’obtiendra rien de cette façon et surtout, que c’est l’humain qui est en contrôle. En agissant de cette façon, le perroquet perdra l’habitude de se servir de son bec comme une arme à chantage ou manipulation envers son humain puisqu’il n’obtiendra pas de réaction. Les perroquets détestent perdre leur temps. Ils ne travaillent pas pour rien... mais ne vous en faites pas, ils trouveront bien autre chose pour vous embêter.


 

Trop souvent entendu

Tous les concepts erronés, qui font depuis trop longtemps déjà parti des enseignements et conseils pour corriger et/ou punir  le perroquet, ne résoudront jamais  un comportement d’oiseau mordeur et/ou criard. Ce sont des légendes aviaires, si je peux m’exprimer ainsi,  qui partent d’on ne sait où  et qui sont absolument sans fondements. Pire, ils ne serviront qu’à traumatiser l’oiseau, à le rendre encore plus confus et anxieux :

Attraper et secouer le bec : Il faut savoir ici que ce genre de comportement dans le monde des oiseaux est une forme de jeu des plus agréable ainsi qu’un préliminaire sexuel très excitant!!!!

Enfermer l’oiseau dans la salle de bain ou tout autre endroit insécurisant ne servira qu’à rendre l’oiseau craintif et agressif.

Arroser l’oiseau avec un vaporisateur, ne fera que le distraire momentanément.

Prendre l’oiseau sur sa main,
le débalancer et/ou le laisser tomber par terre (le fameux tremblement de terre, au no.1 du palmarès des légendes aviaires) est encore le meilleur moyen de perdre la confiance du perroquet et le rendre encore plus mordeur quand l’humain voudra le reprendre sur sa main. Il se sentira en danger sur cette main et l’instinct de survie reprendra le dessus.

Mettre l’oiseau dans sa cage : Si vous faites cela chaque fois que le comportement de l’oiseau vous déplaît, vous risquez de développer d’autres genres de problèmes beaucoup plus graves,  comme de renforcer son comportement territorial (envers sa cage), détruire sa confiance et sa personnalité, ce qui pourrait le mener dans l’enfer du picage. Il n’en deviendra que plus anxieux, et de plus, il n’apprendra jamais rien.

Frapper l’oiseau ou sa cage ( même une pichenette) est une ignoble agression qui n’aura pour conséquence que d’enseigner la peur et/ou l’agressivité à un oiseau déjà perturbé.


 

 

C’est l’ignorance qui engendre la peur et cette dernière ne donne pas toujours des ailes. Il me semble important en ce troisième millénaire qui commence, que les relations entre
les humains et leurs animaux de compagnie évoluent. Que les humains, qui vivent avec des perroquets, apprennent à désarmer leurs perroquets par la connaissance et la compréhension  de certains comportements tant innés ou acquis qui sont le propre de l’espèce et rendent au bec du perroquet sa fonction première, celle d’un outil très sensible qui sert à l’exploration, à sentir et manipuler, un peu comme nous nous servons de notre bouche, de nos mains et de nos doigts, d’un outil qui sert à grimper et à s’aménager un nid confortable, d’un outil qui sert à ouvrir, couper et mâcher sa nourriture. Cet énorme bec de perroquet qui sert aussi au toilettage, sur lui-même ou sur un congénère, qui sert à donner de l’affection et des caresses et nous l’oublions trop souvent, pour les bébés perroquet est aussi un très doux et délicat instrument de nourrissage.

 

 

© Johanne Vaillancourt 2005
Référence:
http://www.perroquet-perroquets.com
Toute reproduction de ce texte interdite sans permission écrite de l'auteure.



 

Je remercie l'auteure de m'avoir permis de publier ce texte sur ce site.

 

Ce texte a pour seul but de sensibiliser les gens de l'importance de ce qu'est d'être propriétaire d'un perroquet et tout autre oiseau exotique. Avant de vous procurez un oiseau, peut importe lequel, pensez-y bien !

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