Il ne fume pas, ne boit pas,
mais il cause…!


par Johanne Vaillancourt

À ce jour, le perroquet est le seul animal de la création (incluant les humains) qui arrive à comprendre et à parler le langage d’une autre espèce animale.
Si le perroquet utilise son habileté naturelle à vocaliser (parler) dans un environnement domestique humain, c’est qu’à l’origine (dans la nature) le perroquet, peu importe l’espèce, développe un genre de dialecte régional, identifiable au groupe social auquel il appartient.

Comme l’ humain, il associe certaines vocalises à divers objets, actions ou situations. Un groupe de perroquets utilise des vocalisations et des cris particuliers pour se regrouper ou communiquer. Chaque groupe social, incluant ceux de la même espèce, développe son propre langage ou, si vous préférez, ses cris distincts communs.


 
Identification et acceptation du groupe.

Les perroquets dans la nature, utilisent des cris de contact et certaines vocalisations pour communiquer et se regrouper. Cette tendance à un langage de base (proto-langage) à l’intérieur du groupe social ne semble pas également développé chez toutes les espèces. C’est peut-être pour cette raison que certaines espèces de perroquets sont moins enclines que d’autres à reproduire le langage humain.
L’âge ou la grosseur de l’oiseau ne sont donc pas ici un facteur déterminant l’habileté langagière de tel ou tel perroquet. Il serait plutôt question ici de génétique.

Quoique toutes les espèces de perroquets soient habiles au langage, certaines espèces seraient de façon innées plus enclines à cette forme de communication tels :

.Le Gris d’Afrique
.La Perruche Ondulée (trop souvent sous-estimée).
.L’Éclectus
.L’Amazone : à nuque jaune, à double facteur jaune, à front bleu.
.La perruche à collier

Les vocalisations traditionnelles sont influencées par le ou les membres dominants du groupe social (par dominant j’entends les oiseaux plus âgés ayant de l’expérience ou ceux ayant une forte personnalité; le terme dominant ayant été sur-galvaudé à tort et à travers dans diverses littératures). Aussi étonnant que cela puisse paraître, ces vocalisations semblent changer d’une génération à l’autre, les nouveaux oiseaux en charge en créant de nouvelles. On pourrait expliquer ainsi pourquoi, dans un contexte de captivité, le perroquet tend à parler en langage humain, même avec un congénère. Probablement que le langage humain devient dans son esprit le dialecte des oiseaux dominants du groupe social qu’il forme avec la famille humaine.

Le jeune perroquet ou celui plus âgé nouvellement arrivé dans un nouvel environnement apprendra le langage des oiseaux ayant le plus d’ancienneté (dominant) à l’intérieur du groupe. De toute évidence, dans un contexte de captivité, ce sont les humains qui tiennent le rôle d’oiseaux dominants.


 
L’apprentissage.

Selon le Dr. Piaget, il y aurait une relation profonde entre le langage et la pensée. Chez les humains comme chez les perroquets, l’imitation comme accession au symbole, serait la condition primordiale de l’acquisition solidaire du langage et de la pensée représentative. C’est-à-dire que le développement du langage passe fondamentalement par son écoute. Les oiseaux dominants, tout comme les humains, ne font pas qu’enseigner le langage au jeune perroquet ou au nouvel arrivant, ils servent essentiellement de modèles. Dans la nature, le perroquet apprend au contact d’autres perroquets. En captivité, c’est avec les humains qu’il fera son apprentissage. Ce sera désormais et invariablement sa plus importante source de stimulation. Il est essentiel que l’humain éducateur soit très attentif aux essais et tentatives de son oiseau en réagissant de façon stimulante et positive. Conséquemment, une attitude constructive de la part de l’humain influera sur l’acquisition du langage et le développement cognitif de l’oiseau. Pour le perroquet, le langage est un aspect primordial de la socialisation avec son groupe. Il serait donc important pour nous, humains, d’introduire l’oiseau comme un membre à part entière du groupe (famille) si on veut espérer une communication concrète avec celui-ci.


À quel âge un perroquet parle-t-il?

Souvent, lors de consultations, certains clients sont découragés parce que leur jeune gris d’Afrique de 2 ans n’est pas parfaitement bilingue (perroquet/humain) et qu’il ne prononce que quelques mots ici et là. Sur ce point je leur réponds…et vous, qu’en était-il de votre babillage à l’âge de 2 ans? En aucune façon, un perroquet ne peut apprendre le langage humain plus rapidement qu’un…enfant humain!!! Non seulement il n’en a pas la faculté psychique (un jeune perroquet n’est PAS plus intelligent qu’un enfant humain), mais en plus, ce n’est pas sa  forme de communication naturelle. Un perroquet, tel le gris d’Afrique, reconnu pour ses facultés langagières, ne commence à avoir un bon sens du langage que vers l’âge de 5 ans, et encore…dépendant de la qualité de ses éducateurs! Il est à noter que je parle ici de langage pas d’imitation de sons. Dès sa naissance, le perroquet tisse des liens avec le langage, qu’il soit aviaire ou humain, et utilise une multitude de moyens pour communiquer. Le partage d’information existe chez les perroquets comme chez beaucoup d’espèces animales et ils savent diriger l’attention des leurs pour les informer d’une action, d’une situation, de la présence d’un objet ou sa localisation. Le jeune perroquet arrive au stade de subjectivité primaire entre un et trois mois selon les espèces. Il commence à prendre conscience de son environnement et tente d’entrer en communication avec les êtres qui l’entourent (perroquets ou humains).
Vers l’âge de trois à quatre mois, certains oiseaux babillent leurs premiers mots et vers sept mois, ils commencent à en reconnaître quelques uns, dont leurs noms et y répondent.
Quand l’humain parle au jeune perroquet, ces sons stimulent les connections du cerveau qui servent au langage. Si on parle beaucoup au jeune oiseau, si on répète souvent des sons (mots), les connections se renforcent de plus en plus et vers l’âge de 1 an et demi ou 2 ans, sa potentialité langagière s’actualise, les circuits auditifs comprennent plusieurs sons et les éléments de base à l’acquisition du langage sont en place. C’est en effet vers l’âge de 1 an et demi que vient la prise de conscience de sons (mots) porteurs de sens. À ce moment, le jeune perroquet commence à associer des sons aux objets et aux actions qu’il entend et voit (fais dodo, viens manger, un chien ouah! ouah!, un chat miaou!). Il ne faut rien attendre de plus avant cet âge. Au plus, un oiseau doué répétera des sons (mots), mais on ne peut parler ici de compréhension du langage ni de communication.
La capacité de mémoriser les sons (mots) nouveaux n’apparaît que vers l’âge de 1 an et demi et ce n’est qu’à ce moment que le son commence à devenir un symbole.
Plus l’humain parlera à l’oiseau, plus ce dernier reconnaîtra des sons qu’il utilisera au fur et à mesure qu’il vieillira.


L’art et la manière

Il me semble important ici de préciser que concrètement, les perroquets n’utilisent pas le langage pour les mêmes raisons que les humains. Les perroquets ne font pas la conversation et ne discutent pas. Ils se servent de ce moyen pour être acceptés par le groupe social en utilisant son dialecte pour communiquer. La plupart du temps, ce sont des mots appris face à certaines situations que le perroquet n’utilisera qu’en contexte.
Un exemple : Un matin sur deux Pablo, mon gris d’Afrique, m’interpelle en utilisant les sons(mots) suivants  « Ouah! T’as l’air poqué à matin ». Personnellement je ne crois pas avoir l’air si « poqué » tous les matins. Pour Pablo, c’est une phrase qui fait référence au matin comme d’autres ont appris à dire « bonjour, belle journée hein!». Jamais il ne m’a dit ces mots en après-midi ou en soirée. Pour lui ce sont des sons (mots) qui ne se disent qu’en certaines circonstances, en l’occurrence ici le matin. Il n’en saisit pas du tout le sens réel, mais je crois qu’il aime bien me voir réagir à ces mots.

Les perroquets n’apprennent pas des mots mais des concepts. Ce ne sont pas les mots « j’ai faim » qu’ils apprennent, mais l’énoncé « j’ai faim » qui est associé au fait de recevoir de la nourriture.
Les perroquets ne reconnaissent pas les espaces qui servent à séparer les mots dans une phrase. Pour eux le son « donne un beau bec » est un seul son servant à désigner une action, prononcez « donunbobec ».
Cette façon d’apprendre un langage peut souvent mal desservir l’oiseau si l’éducateur n’est pas attentif aux énoncés qui lui enseigne.
Un exemple : L’énoncé « en veux-tu? ».
Si chaque fois que l’humain offre de la nourriture à son perroquet, il utilise l’énoncé « en veux-tu? », le perroquet associera cet énoncé au geste de recevoir de la nourriture.
Mise en situation : Le perroquet voit son humain porter un aliment à sa bouche. Sûr de lui, il dira  « en veux-tu? », ce qui ne reflète pas du tout sa pensée. Hé! Bien! Je vous affirme que 9 fois sur 10 il se fera répondre par l’éducateur incompétent « non merci, je n’en veux pas! ». Ce genre de situation peut devenir très frustrant pour l’oiseau qui est convaincu d’avoir prononcé le bon énoncé qui en réalité aurait du se dire « coco veut un…
ou j’en veux S.V.P. »
Il est donc important d’enseigner les bons concepts et énoncés à son perroquet si on veut être capable de bien communiquer avec lui.

Les bons concepts incluent les doublons (homonymes), trop difficile à départager
pour un oiseau.
Un exemple : Si j’enseigne les couleurs à un perroquet, il y a le jaune, le bleu, le rouge et le…verte. Pourquoi verte? Tout simplement parce que le son « vert » est déjà utilisé dans l’énoncé « verre d’eau ou de jus ». Je ne cherche pas à embrouiller les cartes pour rien. Apprendre le langage d’une autre espèce est déjà assez compliqué au départ. Donc chez moi, il n’est pas rare d’entendre demander « le jouet verte, le camion verte
ou le…verre verte ».

Un éducateur attentif attire tout d’abord l’attention de l’oiseau avec des sons clairs et précis, désignant un objet ou une action. Un son (mot) distinct pour chaque objet ou action. On ne dit pas « non » à un perroquet comme on le fait avec un chien, on utilise le bon énoncé « ne gruge pas, ne mord pas, touche pas… ». Cet échange de BONNES informations préfigure les règles de toutes communications verbales ultérieures. L’expérience est importante, plus l’humain parle à l’oiseau (en utilisant les bons énoncés), plus l’oiseau reconnaît les sons (mots) et plus il tente de les utiliser. Il expérimente par lui-même et comprend la relation cause à effet associée à des situations ou objets précis.

Le perroquet est très sensible à la sonorité d’une langue, la prosodie (tons, accents, proéminence, contours mélodiques, rythme…). Il est très réceptif au timbre et au son de la voix. Les timbres de voix hauts semblent particulièrement faciles à imiter.
Comme il est sensible aux sonorités, il n’est pas rare que les sons (mots) dits avec force, comme les jurons, encouragent le perroquet à faire de même.

Voilà! Un perroquet peut apprendre à RÉPÉTER et IMITER, ou il peut apprendre à PARLER. Tout dépend de la stimulation de l’environnement et la qualité de l’éducateur.
Les perroquets sont pour la plupart des imitateurs nés. La gamme des onomatopées qu’ils peuvent reproduire est infinie. Du grincement de porte aux vocalises de Maria Callas, mais ce n’est qu’au contact d’un groupe social stimulant qu’il pourra apprendre à vraiment se servir du langage pour communiquer.

Mais de quoi peut donc parler un perroquet?

 Le langage d’un perroquet adulte (10 ans et plus) peut être très riche et varié. Comme il n’est pas dans la culture des perroquets d’utiliser le langage d’une manière aussi complexe, il est certain qu’il n’apprendra pas comme les humains à construire une
phrase, raconter ou mentir, mais il pourra nommer, faire des associations, exprimer un désir ou un besoin, décrire une action ou une situation ainsi que des objets.
Bien sûr, il aura appris à faire des énoncés et ces derniers ne seront que très rarement vide de sens, du moins, du point de vue de l’oiseau. Il ne pourra se servir
que de ce qu’il aura appris! Le perroquet peut tout aussi bien parler de personnes ou d’objets absents que de ceux présents. Il peut anticiper une action et y réagir. Il est capable de concevoir la forme active (Coco donne un bec à…), ainsi que la forme passive (donne un bec à Coco).
Règle générale, un perroquet qui possède une bonne notion du langage parle pour faire connaître une envie, un désir ou un besoin; ce qui prend souvent la forme d’un ordre (viens ici, up up, donne un bec, donne une banane, fais un câlin…), souvent sur un ton impératif (arrête, fais pas ça, ôte-toi, touche pas, donne…).
La forme interrogative est aussi souvent utilisée (C’est quoi ça? C’est quoi tu fais? Où tu vas? Longtemps ou commission? C’est quoi qu’on mange?) et commande
généralement une réponse.
Le perroquet se sert aussi du langage pour décrire des situations ( Jacques partit faire une commission, Coquin mange un gros chou, c’est trop froid/chaud! Ouach! C’est mouillé!), ou ce qu’il considère être un état de fait (c’est le beau Valentin à Johanne, Woody est le plus beau des perroquets!) ou tout bêtement pour manipuler ses humains (t’es beau toi! Je t’aime, je t’adorrrre, c’est toi mon grrrand amour de ma vie…!)

Le perroquet peut apprendre des abstractions (couleurs, textures, chaud/froid, formes…) et s’en servir pour décrire un objet ou une action qui soit dit en passant, n’est pas toujours réel ou concret sous les yeux de l’oiseau (Gazou veut gros camion rouge), dans bien des cas, ce jouet se trouve dans une autre pièce et l’oiseau ne le voit pas, mais sait qu’il existe et en fait la demande.

Le perroquet peut aussi apprendre différents sons (mots) dont il ne connaîtra jamais la signification ou l’utilité réelle. Il pourra dire, si vous passez le balai « ouach! C’est sale! » parce que c’est le son à dire en telle situation, mais il est évident, pour qui vit avec un perroquet, que le concept de saleté demeure malheureusement, très abstrait dans la tête du perroquet!
Quand je prends un crayon et que j’écris, Pablo mon gris d’Afrique, demande « Pablo veut crayon » et si je rajoute « pourquoi? » il répond « écrire ». Il a le bon son, le bon énoncé mais ne sait pas du tout ce que « écrire » veut dire. Il sait que le son « crayon » et « écrire » vont ensemble, c’est tout. Quand je lui donne le crayon demandé, tout ce qu’il trouve à faire avec cet objet, c’est de le mâchouiller!

Il est évident que je n’ai fait que gratter la surface de ce fascinant monde du langage chez le perroquet. Il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet…
Encore une fois, la patience est de rigueur pour l’humain qui désire réellement communiquer avec son perroquet.



 

Ce qu’il est important de retenir est :
Les perroquets sont des animaux qui sont doués pour la parole. Il ne leur reste qu’à apprendre….à parler!

© Johanne Vaillancourt 2005
Référence:
http://www.perroquet-perroquets.com
Toute reproduction de ce texte interdite sans permission écrite de l'auteure.



 

 

Je remercie l'auteure de m'avoir permis de publier ce texte sur ce site.

 

Ce texte a pour seul but de sensibiliser les gens de l'importance de ce qu'est d'être propriétaire d'un perroquet et tout autre oiseau exotique. Avant de vous procurez un oiseau, peut importe lequel, pensez-y bien !

 

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